• Devant la mer

    Le chemin arrête au bout des dunes, juste devant la mer. Ou plutôt la lagune, car la mer y est rare, deux fois par jour et quelques heures seulement. Le jour, avec le soleil, la plage s'anime un peu. Quelques familles s'y installent, profitent de la tiédeur, de la lumière, et du sable. Les enfants se baignent dans ce vaste bassin sans profondeur.

    Les soirs sont plus solitaires. Aujourd'hui ne restent sur la place que notre camping-car et un autre venu d'Allemagne. Plus vaste que le nôtre, avec trois occupants. Un couple assez âgé et une femme plus jeune. La vieille est bizarre. Va et vient. Tourne sans cesse entre la dune et la place. Se consacrant souvent au chien. Un corniaud noir et feu, sans taille mais sympathique, queue relevée, joyeuse comme la demi-lune d'hier.

    La femme, elle, semble préoccupée. Sans cesse affairée, à tout, à rien. Le buste souvent penché, entrant dans la grande remorque que traîne leur camping-car.

    Parti jeter des emballages dans le sac poubelle accroché près de l'attelage, je passe un œil rapide sur l'intérieur de la remorque où je distingue un lit de camp. Ma première idée est d'imaginer que la femme peut dormir là. Puis nous rions en l'évoquant : pardi quelle idée, c'est la place du chien ! Un chien n'aurait-il pas droit à un lit de camp ! un chien allemand en voyage !

    Vient le deuxième soir. Nous sommes encore là. Au calme du lieu. Je lis près de la fenêtre. A contre-jour du coucher de soleil, j'aperçois la vieille dont le comportement tout au long du jour nous a fait douter de la santé mentale. Voilà que pour l'heure, toujours à l'arrière de la remorque bâchée, elle s'est mise guibolles nues et culotte blanche. Elle plie son short avec application, puis pose une longue jambe maigre dans la remorque, prestement y glisse toute entière et disparaît !

    Notre étonnement est énorme. Notre méprise de la veille n'en était donc pas une !

    Parfois, comme pour bien nous prouver que nous n'avons pas rêvé, la toile bouge, se boursoufle, légèrement, comme un ventre de femme enceinte, sauf que là, ça sent la mort !

    Devant la mer

     

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